Entretien avec Ludovic CENTONZE: Quand ORANGE nous rapproche de l’essentiel (Seconde partie)

Avez-vous déjà entendu parlé du programme de l’USAID, le YALI pour les entrepreneurs ? Vous connaissez leur modèle de fonctionnement ? Je pense que ça se rapproche un peu d’un des projets d’orange comme le fablab qui donne des outils …

Ce n’est pas fablab ! C’est Orange Fab. Ce n’est pas pareil. Le Orange Fab est un programme d’accélération et comme il y a Fab, les gens pensent que c’est fablab. Mais c’est un programme d’accélération qui permet la rencontre d’un business unit d’Orange et une startup et de vraiment se connecter et de signer un contrat commercial de développement conjoint. C’est vrai que de ce côté-là, il y a un problème de confusion qui se fait souvent. Il y a un programme de fablab qui existe chez Orange, mais, qui est porté par la fondation qui finance la mise en place de fablab solidaires. Il y’en a un à Dakar d’ailleurs. Qui est porté par Kër Thiossane (une maison d’artistes) qui opère ce fablab ; ils ont été aidés par la fondation pour mettre en place ce fablab. La on est moins business c’est plus de l’ordre de la fondation Orange.

Pout revenir au YALI, oui ce sont des programmes d’accompagnement avec de jeunes leaders… oui je trouve ça intéressant, c’est aussi des programmes d’influence pour les Etats Unis pour prendre pied en Afrique de l’Ouest, pour connecter justement des futurs leaders, les meilleurs d’entre vous en Afrique et ils construisent ce lien qui désintermédie un peu le lien traditionnel qu’il y’avait avec la France. Je ne sais pas quoi penser, parce que je ne les pas étudiés en détail et je ne connais pas du tout leur output. La où j’ai une petite question, c’est sur les motivations de ces programmes, est-ce que ce sont plus des programmes d’influence ou plus des programmes d’aide, ou est-ce que ce sont les deux ?

 

Je sais que le YALI mise beaucoup sur le networking. Maintenant étant donné que nous parlons d’écosystème des startups en Afrique, est-ce qu’il y a une sorte de networking qui est placée entre ces entreprises et PME que vous aidez en dehors des incubateurs qui sont placés dans chaque pays qui sont des points de chute ?

Chez nous, on n’a pas particulièrement travaillé sur les flux réseaux trans-Nationals ; pas que ce n’est pas intéressant, on aimerait en fait mais bon…, c’est une question de moyen humain c’est-à-dire que pour faire ça et animer ça il faut des moyens humains que l’on n’a pas aujourd’hui et je ne sais pas si on les aura. C’est un vœu plus haut que l’on aimerait faire mais animer la communauté des gagnants du prix Orange de l’entreprenariat social pourrait être intéressant, animer la communauté des entreprises qui sont passées par des incubateurs ; mais on manque un peu de moyen aujourd’hui. Maintenant on mise beaucoup sur le réseau des incubateurs africains donc AFRIC’INNOV pour déjà animer la relation entre les incubateurs par des événements annuels et plusieurs dans l’année, de vaporiser d’abord la rencontre entre ces entrepreneurs et favoriser les effets réseaux. Maintenant on n’a pas construit d’outil spécifique de réseautage, je pense que ce qui compte vraiment c’est la rencontre humaine, il faut donc qu’il y’ait des points de rencontres réguliers (annuel déjà c’est bien) et profiter de ces moments pour ressembler un maximum de gens et favoriser le réseautage, les rencontres. Mais oui, c’est une vrai question le réseau, je pense qu’il y a des places à prendre dans ces sujets-là. Malheureusement c’est compliqué de construire un modèle économique autour d’un réseau d’entrepreneurs. Mais ce sont des choses intéressantes.

 

Ci haut vous avez parlé de fonctionnement de ce programme depuis sept ans. Donc il serait bien aussi de parler des résultats depuis sept ans et des perspectives d’avenir au-delà de ces sept années.

Les perspectives à dix ans c’est très compliqué parce que… franchement ça bouge tellement vite dans ce domaine. Il s’est passé tellement de choses en un laps de temps assez raisonnable à échelle humaine même si sept ans, c’est un temps important. C’est difficile de dire dans dix ans ce que ce sera. Moi je me suis toujours refusé de faire des projections trop longues et de la fiction, ma méthode de développement a été vraiment très très itérative et opportuniste dans le bon sens du terme. On s’est saisi de l’opportunité qui se présentait qui était en ligne avec notre cadre (qui était Orange pour le développement) et on a rempli notre cadre avec des choses qui sont venues faire système et construire cette réponse un peu systémique aux problèmes du développement qui s’étaient posées. Il n’y a jamais aucun moment où on s’est projeté cinq – six ans en avant. Quand on a démarré on avait aucune idée de là où on atterrirait.

On a juste utilisé cette méthodologie très agile et de pilotage au près. Et ça nous a amené dans quelque chose de très consistant et solide. Moi je dirai, je ne sais pas faire autrement, il faut continuer comme ça, il faut continuer à se fixer des objectifs courts, avoir une ligne d’horizon et sentir le vent, puis accompagner les énergies qui existent sur le terrain, ne pas vouloir créer des trucs qui n’existe pas, qui n’ont pas de sens, il faut appuyer les énergies existantes. Et ça on ne peut pas le prévoir à l’avance. Il faut être là, il faut être présent, il faut le sentir, il faut analyser ce qui se passe, il faut douter beaucoup, se poser la question : est-ce qu’on fait bien ? est-ce que c’est ça ? es ce que …. Puis expérimenter :si ça marche, si ça ne marche pas.

C’est vraiment cette démarche-là qui nous a guidé de A à Z et qui a donné des résultats supers. Ce que je décris là, je peux le faire aujourd’hui parce qu’on la fait. J’étais incapable de le décrire de cette manière-là il y a cinq – six ans quand on a démarré parce que je ne savais pas. Ce qui compte c’est que l’innovation était dans le comment on a fait, dans la méthode plus que ce qu’on a fait et que ce qu’on va faire demain (ça on verra bien). On n’est pas seul à décider de ce qui est bien de faire ou pas. Sincèrement, on ne fait que canaliser et aider à canaliser, renforcer les énergies des écosystèmes existants. C’est aussi eux qui sentent le vent et qui développent et puis nous, on accompagne. C’est surtout ça l’image qu’il faut garder de comment on a fait les choses.

Maintenant en termes de résultat, il y en a tellement. On ne pèse pas sur les PIB des pays encore en termes de volume. Mais disons que si on s’amuse à chiffrer les impacts, on tombe sur des chiffres impressionnants. Quand on prend un incubateur comme le CIPMEN au Niger, on estime qu’il a contribué à plusieurs millions d’euros de création de valeur pour le pays. C’est bien mais en même temps ça ne veut rien dire, ça ne parle pas vraiment. Es ce que c’est juste ça sa valeur ? moi je ne pense pas, je pense que sa valeur est symbolique plus psychologique. On a remporté de grandes victoires à l’éducative pour les gouvernements, pour les bailleurs, pour s’intéresser à un vrai sujet, pour mettre en place des véhicules d’aide et de financement sur ces sujets.

Je suis toujours en délicatesse avec ce qui est mesure d’impact formel parce que c’est compliqué à calculer. Une fois que c’est calculé on perd beaucoup d’informations (…) il ne faut pas oublier que nous sommes à l’air d’internet et du numérique et qu’un des grands dynamiteurs du regard sur soi et du changement et de paradigme et la capacité qu’on les jeunes aujourd’hui avec leur smartphone d’accéder aux mêmes informations qu’un jeune en France ou aux USA et de pouvoir se former, suivre des MOOC, faire du Facebook, connecter le monde. Et ça, ça a énormément joué dans l’accélération et toute cette nouvelle génération d’entrepreneurs que l’on a vu arriver.

 

Justement, quel est votre ressentiment précis sur l’entrepreneuriat en Afrique ? Es ce que les gens ont vraiment l’air de se bouger ou bien ils ont encore l’air d’être dans le système d’attendre que les autres ou Orange fassent quelque chose pour eux quand ils déposent une demande ou qu’ils s’inscrivent à certains concours ou certains programmes ?

Non, je ne pense pas qu’il y ait une spécificité africaine dans le sens où les africains ne sont pas différents des gens du reste du monde, il n’y a pas une spécificité africaine. Juste que les entrepreneurs africains sont comme tous les africains et les entrepreneurs à travers le monde. En revanche, on est dans des environnement d’entreprenariat qui sont souvent plus complexes : administrative, doing business ; tout est un peu plus dur, un peu plus compliqué. Et donc ceux qui sont là, ce sont des dures. Moi je rencontre des gens, très simples, très déterminés, très actifs et finalement assez peu de gens qui viennent faire la manche et pleurer. On trouve des gens qui sont contents qui par ces dispositifs, et qui essaient de saisir leur chance. Ils ne sont pas vraiment là à réclamer. Je trouve plutôt que c’est dynamique et actif. Maintenant on part de moins loin. Un des problèmes qu’a l’entrepreneur africain, c’est que les marchés africains, pris pays par pays, en tout cas en Afrique de l’Ouest sont de petits marchés. Du coup, très vite la question de l’internationalisation se pose, très vite les choses compliquées. En Europe, on peut construire une très belle entreprise sur un marché, puis ensuite avoir les moyens de penser sereinement à l’internationalisation. Là très vite, on doit penser à l’internationalisation, parce que très vite on arrive aux bornes du marché. La solvabilité des marchés est faible, la construction des modèles économiques est complexe, l’environnement est complexe. Donc on voit beaucoup de petites choses puis on voit un jour une « touch » sortir qui vaut 7 millions d’Euro bientôt 15 et qui part s’installer dans 36 pays d’Afrique et qui travaille dans les plus grandes multinationales mondiales. Que ce soit du Sénégal ou… c’est une licorne, il n’y en aura pas des tonnes des comme ça. Il faut mettre en perspective la réalité du terrain avec tout ce que font ces entrepreneurs. Une grande partie des entrepreneurs est plutôt héroïque.

Ce que je remarque et qui me démange un peu, c’est que je vois passer des entrepreneurs qui sont de bons techniciens, qui ont de très bonnes idées, qui développent de très bon produits ou de très bons services qui ne sont pas des « entrepreneurs » et qui malgré les structures d’accompagnement ont du mal à passer le pas de l’entreprenariat et de devenir de vrai DG, de vrais entrepreneurs, de lâcher un peu la  technique ou de savoir lâcher la main à une direction générale qui n’est pas eux tout en restant dans leur boîte ou président de leur boîte. Et on voit de super projets qui ne décollent jamais, parce que l’équipe n’avait pas la maturité business suffisante. Et ça on le voit assez souvent, malheureusement trop souvent et c’est un vrai sujet qu’il faudrait qu’on résolve et qu’on attaque d’une façon ou d’une autre. Nous, les incubateurs, les réseaux d’incubateurs, tous les gens qui s’intéressent à l’entrepreneuriat. C’est un vrai sujet d’aider d’avantages ces bonnes idées à devenir des entreprises. Ça c’est un truc qui est peut-être spécifique à l’Afrique aussi un peu plus qu’ailleurs. Tout ça reste des impressions, je n’ai pas de chiffres …

 

A la fin de cet entretien, quel est votre message final ?

Je pense que ce que j’ai dit juste avant  est important. L’entrepreneuriat ça ne se fait pas d’une cave, ça se fait en connectant les réseaux, les gens, en fabricant un réseau autour de soi, de pairs, d’entrepreneurs, de clients ; c’est quelque chose de très réactif. Il faut connaitre ces limites, quand on atteint ces limites, il faut savoir partager, accepter un investisseur, donner la direction à quelqu’un de plus compétents que soi dans ce domaine-là, tout en restant dans le projet, en gardant la main sur le développement. Il faut être patient, acharner, ne jamais lâcher.

Ce sont vraiment les conseils que l’on peut donner à un entrepreneur, et faire très attention à une chose : c’est qu’il faut faire attention à vos désirs et à vos rêves parce qu’un jour ils vont devenir réalité et soyez sûrs que ces désirs soient de vrais désirs, et ne soient pas des choses que vous avez soi-disant désirés pour de mauvaises raisons et une fois qu’ils arrivent, vous ne savez plus quoi en faire, assumez vos désirs et ayez de vrais désirs, parce qu’ils vont arriver, tous. Voilà :).

 

Et toi, tu en penses quoi ?
Miroslav CLAUSKY
Twitter: @miirosurafu
Dakar, SENEGAL


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