« Gagner de l’argent pour moi n’est que la première étape », Interview AGAU

Toujours au Togo, Ecostartup a rencontré Urbain , un  jeune avec une autre vision de l’Afrique et de entrepreneuriat . 

Ecostartup : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

U.A : Urbain AMOUSSOU, Togolais, 30 ans, Biologiste de formation, entrepreneur de fonction, et écrivain par passion.

Ecostartup : Décrivez nous un peu votre parcours jusqu’à l’entrepreneuriat… Comment êtes-vous engagé dans le milieu entrepreneurial ?

U.A : J’ai réellement commencé à entreprendre dans ma deuxième année d’Université. Mais j’avais compris depuis fort longtemps qu’il m’était impossible de travailler sous quelqu’un. Donc on peut dire que c’est un peu par rébellion et beaucoup par désir d’être indépendant très tôt et de se réaliser en faisant ce que j’aime et ce que je veux que j’ai osé. Je voulais explorer des domaines qui n’existaient pas autour de moi, les sciences biotechnologiques, les sciences physiques appliquées… je n’avais donc pas trop le choix à part une aventure personnelle.

Ecostartup : (Hormis le fait de gagner beaucoup d’argent) quelle vision poursuivez-vous en tant qu’entrepreneur ?

U.A : Gagner l’argent pour moi n’est que la première étape de ma vie d’entrepreneur, l’argent que je veux gagner, et je veux en gagner beaucoup, n’est en fait que l’outil pour réaliser un ou des chantiers beaucoup plus colossaux : développer les sciences biotechnologiques en Afrique, trouver de nouvelles sources d’énergie pour le continent  africain, produire et diffuser des connaissances qui rehausseront le niveau social, culturel et intellectuel de l’Afrique. C’est cela mes vrais et ultimes objectifs en tant qu’entrepreneur.

Ecostartup : En tant qu’entrepreneur, et particulièrement en tant qu’entrepreneur Africain, quel est votre rapport à l’argent ?

U.A : Ce n’est qu’un outil comme je venais de le dire. Il est un peu dommage que pour plusieurs entrepreneurs leur but ultime est de gagner beaucoup d’argent et encore beaucoup d’argent ou qu’à l’autre extrême que plusieurs africains aient peur de gagner de l’argent allant jusqu’à considérer l’argent comme diabolique, alors que l’argent doit être et demeurer ce qu’il est : un moyen d’échange pour acquérir et atteindre des objectifs bien déterminés.

Ecostartup : Sur quel (s) projet (s) travaillez-vous actuellement ?

U.A. : Un projet de production d’intrants agricoles adaptés à nos conditions climatiques, édaphiques et socio-économiques et un projet d’incubateur pour accompagner les entrepreneurs africains.

Ecostartup : A quels principaux défis avez-vous été confrontés durant votre carrière jusqu’alors ?

U.A : L’environnement pour entreprendre en Afrique est vraiment dur. Ceci non pas pour me plaindre, mais juste pour faire ressortir une réalité indéniable. D’abord, au niveau social, le cercle premier, la famille, qui devrait t’encourager, ne comprend rien au fait qu’au lieu de chercher un boulot comme tout le monde, tu te poursuis des projets « surréalistes ». En deuxième position l’environnement économique et politique qui devrait être un ferment au développement d’un écosystème entrepreneurial dynamique est assez souvent étouffant : crainte des impôts, difficultés à trouver des équipements à coût raisonnable au niveau local, difficultés à lever du financement, des micro-financements disponibles mais qui sont souvent des pièges à dettes, un marché intérieur et local plutôt tourné vers la consommation de produits importés…. Les obstacles sont légions, mais il faut dire que des efforts sont en cours dans tous les domaines et tous les acteurs pour favoriser la création d’entreprises.

Ecostartup : Quels conseils auriez-vous pu vous donner à vous-même il y a cinq ans ?  

U.A : Me lancer plus tôt encore dans l’entrepreneuriat et moins écouter ceux qui me disaient d’aller doucement, ou s’aller à la fonction publique.

Ecostartup : Pouvez-vous nous parler de ceux que vous considérez comme des modèles en matière d’entrepreneuriat, en Afrique et au-delà et pourquoi ?

U.A : Tony Elumelu ne fait pas qu’investir pour acquérir de la richesse, il devient riche en investissant également sur la nouvelle génération d’africains. Paul FOKAM, il est entrepreneur, et il a plusieurs entreprises, mais il est surtout un modèle car il porte une vision pour l’Afrique et non pas seulement pour lui-même. Voilà deux personnalités qui me motivent.

 

Ecostartup : Comment se porte le milieu de l’entrepreneurial dans votre pays ?

U.A : Plutôt bien, du moins en plein boom actuellement. Il ne manque qu’une certaine organisation des énergies et l’apport de technologies et financements conséquents.

Ecostartup : Dans de telles conditions, quel rapport entretenez-vous avec les grosses structures déjà existantes ?

U.A. : Ils n’ont pas encore totalement entamé leur réel travail suivant leur potentiel, mais c’est compréhensible : l’environnement entrepreneurial actuel est encore trop précaire dans mon pays, pour qu’ils s’y investissent totalement.

Ecostartup : Alors, quand on vous parle du « rôle social de l’entrepreneur », que répondez-vous ?

U.A : Que plusieurs comprennent cela très mal, en croyant qu’un entrepreneur social est quelqu’un qui a un projet à but non lucratif, alors qu’il s’agit selon moi de quelqu’un dont le projet est basé sur la résolution d’un problème identifié dans sa communauté et qui fait tout pour ne pas engendrer d’autres problèmes dans cette dernière.

Ecostartup : On observe depuis peu un engouement de plus en plus fort pour l’entrepreneuriat, les programmes, les concours se multiplient, des « startups » émergent un peu partout. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ? Enthousiaste, sceptique, méfiant ?

U.A : Enthousiaste et méfiant. Enthousiaste parce qu’il nous faut passer par là pour que naisse la nouvelle génération d’entrepreneurs africains. Méfiant car il nous faut faire attention pour ne pas prendre cette cacophonie entrepreneuriale pour l’objectif à atteindre et comprendre que nous ne sommes qu’au début. C’est comme dans la série Highlanders, plusieurs mourront, phagocyteront d’autres et à la fin il n’en restera que ceux qui vont vraiment participer à l’émergence d’une économie forte en Afrique. Nous ne devrons donc pas tomber dans le sentimentalisme de la création. Nous devons accepter la dure réalité de l’évolution.

Ecostartup : Autant les startups naissent, autant un grand nombre d’entre elles en meurent rapidement. Selon vous, du haut de votre petite expérience, quelles sont les grandes causes de l’échec des jeunes entrepreneurs au bout de quelques mois à peine en général ?

U.A : Mauvaise préparation pour certains, conséquences de la rapide évolution (ou plutôt instabilité) de l’écosystème entrepreneurial africain pour d’autres, écosystème qui se cherche toujours, absence de soutien réel pour d’autres… les causes sont nombreuses et comme dans certaines maladies certaines causes sont quasiment imprévisibles (il est parfois facile de jouer au médecin après la mort, mais certaines entreprises, quel que soit le soutien reçu, mourront).

Ecostartup : Le rôle de l’Etat dans tout ça ? Quel rôle joue-t-il ? Ou quel rôle devrait-il jouer selon vous ?

U.A : L’état a un seul rôle dans un système entrepreneurial en création, mâture ou en déclin : rôle de facilitateur, de catalyseur … en d’autres termes, l’état ne peut pas prendre tous les risques au risque de freiner l’innovation et il doit s’impliquer assez pour qu’il n’y ait pas de dérapages et pour que la réaction prenne.

About the Author

Ecostartup
ECOSTARTUP est le diminutif de «ECOSYSTEME des STARTUP ». C’est le 1er blog nigérien dédié à l’actualité Start-up en Afrique. Ecostartup se focalise sur l’environnement entrepreneurial et les grandes idées pouvant changer le monde.

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